Le trafic de bois au Gabon est estimé à plusieurs milliards de francs

Economie

Le trafic de bois au Gabon est estimé à plusieurs milliards de francs

Le trafic de l’arbre kevazingo (Guibourtia demeusei) tend à devenir une mauvaise pratique au Gabon : les braconniers détournent les permis forestiers pour vendre ce bois précieux en Asie. Le fléau guette.

 

Le Kevazingo est une espèce très répandue au Gabon, surtout au Nord du pays. Le Gabon est d’ailleurs un des principaux acteurs d’Afrique Centrale avec environ 18 000 m3 exportés chaque année. Son tronc peut atteindre jusqu’à deux mètres de diamètre, ce qui en fait, après la transformation, une excellente matière pour fabriquer des instruments musicaux, des meubles massifs, ou encore des parquets et des moulures.

 

L’arbre est très demandé en Asie, surtout en Chine où le prix du mètre cube est compris entre 1 et 2 millions de francs CFA. Il est donc peu étonnant que l’espèce devienne objet de trafic illégal. Des forestiers présents sur place l’estiment à plusieurs milliards de francs par an.

 

Une réalité alarmante soulignée par des ONG de défense de l’environnement, comme Conservation Justice ou WWF Gabon. Le problème est bien connu aussi de l’Etat gabonais : le ministère des Eaux et Forêts s’efforce de mettre en place des moyens pour lutter contre le phénomène. La mise en place de brigades spéciales qui contrôlent des points stratégiques des routes menant aux bois de kevazingo constitue l’une des mesures phares.

 

Parmi les exploitants de cette essence on trouve aujourd’hui des locaux, mais surtout des sociétés asiatiques, chinoises en particulier. Ce sont elles, qui détiennent la majorité des permis forestiers (près de 60 %), depuis 2010 quand les exploitants locaux se sont retirés du business n’ayant pas pu assurer l’obligation de l’Etat de transformer le bois à l’intérieur du pays avant de le vendre à l’étranger. Pour couper le bois en toute légalité, hors permis forestiers, ils doivent obtenir des autorisations de récupération spéciales auprès du ministère des Eaux et Forêts prouvant que le bois est abandonné.

 

Pourtant, les habitants de la région témoignent que ces règles sont souvent violées : il arrive que des entrepreneurs chinois proposent de l’argent aux locaux pour qu’ils les guident jusqu’aux plantations de kevazingo et les coupent en ne respectant pas les procédures légales. Un schéma bien plus sophistiqué (ou d’ailleurs, plus simple) est aussi utilisé : le bois coupé illégalement est enregistré par la Direction des Eaux et forêts, et revendu ensuite aux enchères aux mêmes opérateurs qui l’ont coupé, mais à des prix dérisoires. Les employés du ministère sont souvent impliqués dans le trafic illégal.

 

L’Etat gabonais, qui est considéré d’ailleurs comme un des leaders sur le continent africain en matière de lutte anti-braconnage, accélère ses politiques de lutte contre le trafic de kevazingo : en novembre dernier une trentaine de personnes ont été arrêtées au nord-est du pays. Parmi elles on trouve deux représentants du ministère des Eaux et forêts dans la région de l’Ogooué-Ivindo. Toutes sont soupçonnées dans le trafic de l’essence rare.

 

Journaliste reporter d'images en Afrique centrale pour la télévision française, François Jamet couvre également l'actualité à l'écrit, dans les colonnes de grands médias. En plus de ces activités, il est aujourd'hui rédacteur en chef de le-gabon.net.

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