Prison ferme pour deux journalistes gabonais ?

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Prison ferme pour deux journalistes gabonais ?

L’affaire va faire grand bruit au pays du perroquet gris où la liberté de la presse est plutôt bien respectée. Mais la Justice vient de condamner en appel deux journalistes qui ont publié une Une satirique se moquant du président Ali Bongo Ondimba. Des peines de prison auraient été prononcées, mais rien n’est certain car le ministre de la Justice a démenti rapidement cette information. Selon lui, seules des amendes auraient été exigées par la cour d’Appel.

 

Quelle sentence est tombée sur deux journalistes de L’Aube, hebdomadaire indépendant plutôt proche de l’opposition. Le flou reste entier à cette heure-ci, car les versions diffèrent. Jérémie Akame et Hermeland Loubah, journaliste et directeur de publication avaient rendez-vous devant la cour d’Appel après avoir été condamnés en première instance à une amende pour avoir publier une Une « outrageante » à l’encontre du chef de l’Etat. Les faits remontent à janvier dernier au lendemain de la défaite de l’équipe nationale de football. L’hebdomadaire publiait alors sa Une sous le titre de « Les panthères éliminées, Ali Bongo porte malheur ». La Une polémique qui se voulait satirique a été attaquée en justice et c’est le résultat de l’appel qui embrase désormais la presse gabonaise.

 

Selon la rédaction de L’Aube, les peines en appel sont particulièrement lourdes puisqu’il s’agit de 12 mois d’emprisonnement dont six ferme avec une amende de 500.000 FCFA et 12 mois dont deux ferme auquel s’ajoute une amende d’un million de FCFA. La stupéfaction et la colère sont grandes d’autant plus que le premier jugement avait écarté toute peine de prison. La liberté de la presse serait-elle menacée au Gabon ? A en croire le ministre de la Justice, les faits sont bien différents : « Le directeur de la publication et le journaliste avaient été condamnés (en première instance, ndlr) à des peines d’emprisonnement avec sursis, plus des amendes (…) et la Cour d’appel a confirmé les même peines que le tribunal, sans plus », c’est-à-dire un an de prison avec sursis pour les deux journalistes ». Iront-ils en prison ? C’est la crainte de la rédaction de L’Aube depuis quelques heures.

 

Cet imbroglio est rendu possible par l’existence d’un délit de presse qui est passible d’emprisonnement selon la loi gabonaise. Sa suppression est réclamée depuis longtemps par les journalistes qui travaillent sous cette menace théorique dans un contexte parfois tendu entre une partie de la profession et le chef de l’Etat. Ce dernier fait en effet face à des critiques parfois très violentes dans la presse et a appelé à ne pas entrer dans le jeu malsain de la « calomnie ». S’adressant aux journalistes il a récemment déclaré : « Vous pouvez critiquer sans insulter ».

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