Opération Mamba : entre lutte contre la corruption et projet politique ?

Débats & Opinions

Opération Mamba : entre lutte contre la corruption et projet politique ?

Plusieurs auteurs présumés de détournements de deniers publics, dont deux ex-ministres, sont poursuivis dans le cadre de l’opération anticorruption « Mamba ». L’affaire serait toutefois en train de prendre un aspect politique d’après certains observateurs.

Lancée en janvier 2017, suite aux recommandations du Fonds monétaire international (FMI), l’opération Mamba vise à lutter contre la corruption et les détournements de fonds publics au Gabon. Le Gabon occupe en effet la 101e place sur 176 dans le dernier classement de l’ONG Transparency International des pays touchés par la corruption. Cette opération mains propres a été pilotée par nul autre que le Président de la république, Ali Bongo Ondimba.

Cour criminelle spéciale mis en place pour l’occasion a débuté avec les arrestations d’anciens ministres, directeurs généraux et autres cadres aujourd’hui derrière les barreaux : Magloire Ngambia, ancien ministre de l’Économie, Étienne Dieudonné Ngoubou, ex-ministre du pétrole. L’affaire s’est ensuite étendue à d’autres proches de l’ancien directeur de cabinet du président, Maixent Accrombessi. L’ex « dircab » n’a toutefois pas été personnellement inquiété.

Parmi les accusés, on trouve d’autres anciens cadres comme Paul Mapessi, l’ancien directeur général de la Société Nationale du Logement Social (SNLS), Landry Patrick Oyaya, ancien directeur général du fond d’entretien routier, Grégoire Biyama, ancien directeur général adjoint de l’Agence Nationale des Grands Travaux (ANGT), Léon Ndong Nteme, Inspecteur général des finances, Alain Paul Ndjoubi Ossami, ancien directeur des Douanes. Ils sont accusés d’avoir détourné, chacun, des fonds publics dans le cadre de leurs fonctions.

Le choix des personnes poursuivies a toutefois été critiqué par certains observateurs. Certains cadres suspectés de corruption auraient ausin échappé au grand nettoyage. « L’opération ne semble pas destinée à s’intéresser à tous les actes d’enrichissement illicite », regrette un observateur politique contacté par le site Jeune Afrique. « On croyait que cela allait aboutir à un grand ménage mais, en réalité, peu de gens sont inquiétés, malgré les enquêtes et les témoignages »

« Certains anciens amis d’Ali Bongo (le président gabonais) passent devant la Cour dite criminelle aujourd’hui pour malversations financières. Quel crédit accorder à cette opération Mamba si les principaux auteurs de crimes financiers envoient les exécutants en prison ? » avait ainsi raillé sur Twitter à la mi-mars, à l’ouverture des procès, le président de l’ONG Brainforest, Marc Ona. « La Cour ne juge que les boucs émissaires », poursuit-il.

« Tant que les propriétaires de Delta Synergie [une holding liée à la famille Bongo] ne seront pas appelés à la barre pour répondre des crimes financiers commis depuis cinquante ans, elle n’aura pas de crédit à mes yeux » conclut-il.

0 Comments

Donner son avis