Les Pygmées sans-papiers de Doumassi

Gabon Life

Les Pygmées sans-papiers de Doumassi

Au nord du Gabon, les Baka attendent encore d’être officiellement reconnus par l’état. Ce peuple forestier vit au-delà des frontières, et est implanté du Cameroun à la Centrafrique en passant par le Gabon et le Congo.

 

Dans le village de Doumassi, proche de la frontière camerounaise dans le nord du pays, se trame une drôle de situation. Les Fang – l’ethnie majoritaire de la région – cohabitent avec des pygmée Baka, mais ces derniers ne sont pas officiellement reconnus comme des citoyens gabonais. Les Baka réclament depuis des années d’être traitée de la même manière que les autres Gabonais. Ils estiment être « chez eux ». Ils seraient les plus vieux habitants d’Afrique selon les croyances populaires.

 

« Depuis toujours nos parents vivaient avec les Fangs, comme nous aujourd’hui mais de temps en temps, ces derniers nous mentent, à nous les Bakas et beaucoup d’entre nous sont morts sans avoir vu une carte d’identité » raconte, Christian, un habitant du village issu de l’ethnie Baka.  « Moi je suis Gabonais à 100% mais je n’ai pas la carte d’identité. On nous a promis qu’on l’aurait, mais jusque-là on attend… » poursuit-il. « Il n’y a rien, pas d’école, pas d’hôpital. C’est comme si on n’existait pas ».

 

Pour ces gabonais de petite taille, la vie est infiniment compliquée : « Comment je fais pour envoyer mes enfants à l’école ? Comment je fais pour voter ? Comment je fais pour avoir les soins ? ». Plus étonnant encore : faute de carte d’identité, Christian ne connaît pas son âge.

 

En outre, les relations entre les deux ethnies sont mauvaises et les Bakas se sentent marginamisés.  « Dans la logique, c’est un village qui doit être dirigé par les Bakas parce que ce sont les Bakas qui sont plus nombreux mais étant donné leur façon de vivre, il faut obligatoirement que ce soit un Fang qui soit à la tête parce que c’est l’homme Fang qui doit les éduquer », explique Patrice Ekang, chef du village de Doumassi et ancien gendarme à Libreville rentré au village pour sa retraite.

 

« La cohabitation se passe au beau fixe, pour preuve des Fang se marient avec des Baka ! » explique-t-il. Pourtant, les Bakas sont loin d’être d’accord. « Il y a un manque de communication, de l’intolérance et un manque de reconnaissance de la culture de l’autre, du côté Fang comme du côté Baka », reconnait Jean-Baptiste Ondzagha-Ewak, de l’ONG Association pour la médiation familiale. « On organise aussi des causeries avec des Baka et des Fang, pour que tout le monde se comprenne », explique-t-il en déplorant le peu d’engagement étatique.

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